Chanoinerie et laïcité, Sarko et Bauberot. Section 2.

Suite des Sarkozeries Vaticancanesques.Cette profondeur de l’inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par la présence jamais interrompue de Français au sein de la Curie, aux responsabilités les plus éminentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l’action honore la France. 

 

Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du Président de la République française le chanoine d’honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n’est pas rien. C’est la cathédrale du Pape, c’est la « tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde », c’est une église chère au cœur des Romains. Que la France soit liée à l’Eglise catholique par ce titre symbolique, c’est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme. Et c’est donc tout naturellement, comme le Général de Gaulle, comme Valéry Giscard d’Estaing, et plus récemment Jacques Chirac, que je suis venu m’inscrire avec bonheur dans cette tradition.

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Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé. C’est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage des souffrances de leurs concitoyens, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l’anticléricalisme ; et c’est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations.

Pour autant, il n’est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd’hui une liberté : liberté de croire ou de ne pas croire, liberté de pratiquer une religion et liberté d’en changer, liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance.

La France a beaucoup changé. Les Français ont des convictions plus diverses qu’autrefois. Dès lors la laïcité s’affirme comme une nécessité et une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c’est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l’interdiction des signes ostentatoires à l’école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, et dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.

C’est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité enfin parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche que j’ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.

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Eriger un dogme orthodoxe en vérité d’Etat est plus grave que d’avoir certains liens administratifs entre l’Etat et une religion. Avec Bonaparte, il existait, certes, un Concordat, mais le catholicisme n’était plus vérité d’Etat. Au XXe siècle, il n’y a guère que dans l’Espagne franquiste où le catholicisme a été vérité d’Etat. Bravo, bravissimo Monsieur Gallo, si vous êtes l’auteur de ce passage, ça c’est digne d’un républicain !

Il y a, dans tout le discours, en outre, une mise en équivalence complète du christianisme et du catholicisme. De nombreux passages opèrent un glissement complet. 

Je rappelle que, lors d’une condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme (un écrit polémique à l’égard du pape avait été condamné, et la Cour a fort justement indiqué que cela portait atteinte à la liberté d’expression ; j’avais rédigé une Note la dessus à l’époque : c’était en gros au même moment que l’affaire des caricatures !), la dite Cour avait relevé, dans ses attendus, que le pape était qualifié par la décision juridique française de « chef des chrétiens » alors qu’il est le chef des catholiques. En fait, dans l’ensemble du passage, on trouve la conception sous jacente d’une France comme nation catholique (ou nation chrétienne car, pour moi, le problème reste le même). 

Il n’est pas étonnant, qu’à partir de là, l’établissement de la laïcité par la loi de 1905, soit perçue, selon une interprétation très béni oui-oui, très papiste (papiste plus que catholique, nous allons voir pourquoi). Voilà ce que dit Sarko-Guaino-Gallo : « la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé» 

D’abord, il y a une grave confusion qui consiste à mélanger la lutte anti congréganiste et la loi de 1905. J’ai montré qu’elles obéissent à des logiques fort différentes. Et je ne suis pas le seul. Ensuite, il est complètement faux historiquement que la loi de 1905 n’est pas été interprétée, dès cette époque, comme « un texte de liberté, de tolérance, de neutralité », y compris par des catholiques. Les « cardinaux verts », c’est-à-dire des membres catholiques des différentes Académies, avaient, alors, envoyé une lettre aux évêques leur demandant d’appliquer une loi qui, disaient-ils explicitement, permet « de croire ce que nous voulons » et « de pratiquer ce que nous croyons ». Et de fait, les évêques français dans leur première assemblée épiscopale depuis l’Ancien régime (le Concordat empêchait de telles réunions, la loi de 1905, « texte de liberté » les autorisait) ont voté des statuts d’associations dites « canonico-lègales », c’est-à-dire à la fois conformes à la loi de 1905 et au droit canon (56 voix contre 18). 

-source le blog de Jean Baubérot-

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Une réponse à “Chanoinerie et laïcité, Sarko et Bauberot. Section 2.”

  1. Luce dit :

    Sur mon écran les deux colonnes sont toutes étranges ….

    Réponse : En effet, les pages sont faites en fonction de IE7. Par ailleurs, vos réglages écran peuvent interférer.

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